Interview exclusive : A Cœur ouvert ; le Vice-Président de la Chambre des mines Mr John Kanyoni parle des Mines et des minerais

Tenant compte de l’ampleur que présente le secteur minier dans notre pays la République Démocratique du Congo, plus particulièrement dans sa partie Est du point de vue de son impact dans la réalisation du budget tant national que provincial, votre journal  a rencontré Monsieur John Kanyoni opérateur économique de renom dans l’Est du pays et Président des opérateurs miniers de ladite province.  Tout au long de l’entretien nous accordé, il a parlé des problèmes dans les zones miniers, de minerais, de ses avantages et  des défis à relever pour faire avancer la patrie. Voici ci-dessous l’intégralité de ce tête-à-tête :

Echo d’Opinions : Bonjour Monsieur

John  Kanyoni : Bonjour

Echo d’Opinions : Voudriez-vous vous présenter auprès de nos lecteurs qui ne vous connaissent pas ?

John  Kanyoni: Je m’appelle John Sana Kanyoni, je suis opérateur économique dans la partie Est du pays. Ici nous nous retrouvons dans notre bureau de Goma, nous avons un autre bureau bien établi à Bukavu, mais aussi au Maniema, à Kindu, à Kalima, à Kailo, à Pangi, à Lubutu et Punia.  Voilà, cela est le volet minier mais je travaille également sur d’autres projets comme l’agro pastoral à Masisi et en plus celui relatif à la production de l’énergie dans la province de Lualaba.

Echo d’Opinions : Nous avons plus choisi de nous appesantir sur les questions minières ; D’après vous quel  état de lieu pouvez- vous faire de ce secteur ?

John  Kanyoni : Comme je vous l’avez dit que je suis un acteur du secteur où, je suis en plus Vice-Président national de la chambre des mines et je dirige une des filières de cette chambre qui est la filière stannifère     qui couvre, l’étain, le tungstène  et le colombo tantalite (coltan). Je suis de ceux qui pensent que, ce secteur peut être considéré comme la locomotive de l’industrie de notre pays qui peut booster son économie, sauf que tout dépend de la manière dont il est géré. Nos législateurs ont il n’y a pas très longtemps voté un code minier qui est la nouvelle loi minière ayant l’avantage de soulever plusieurs questions importantes qui n’ont pas été prises en compte par la loi  de 2002 qui constituent des innovations.  De ces dernières, on peut noter celle liée à la gouvernance qui est d’importance capitale à forte raison que, le secteur extractif pourra bien être productif, mais il faudra améliorer la gouvernance pour savoir comment affecter les dividendes qui en découlent pour soulager tant soit peu la précarité dans laquelle vivent des millions des congolais.  A celle-là, s’ajoutent des dispositions relatives aux mesures visant à rétribuer une cote part acceptable aux provinces, à réserver une quotité pour les générations futures et un pourcentage pour les projets sociaux de développement de l’entité où est basée l’entreprise. Bien que, le secteur soit productif, je pense qu’il a mêmement des limites, car une bonne mine détient une viabilité d’au moins 30 ans, pour dire qu’il doit être mis à profit pour développer d’autres secteurs tels que l’agriculture qui est très important, pour qu’après la mine qu’ils puissent faire la relève. Il faut aussi penser à investir dans l’homme qui est au centre de tous en lui fournissant une bonne instruction et une formation décente pour être beaucoup plus compétitif en vue de lui mettre en contribution dans le processus du développement de la nation. L’autre secteur important est le tourisme qui nécessite le rétablissement de la sécurité et les infrastructures d’accueil adéquat pour le rentabiliser au profit du pays. Voilà au moins des secteurs qui peuvent permettre un développement terrien si on les exploite rationnellement.

Echo d’Opinions : Le secteur minier a été souvent été identifié comme une source d’insécurité grandissante, quel en est le couac ?

John  Kanyoni : Vous êtes sans ignorer que depuis plus de deux  décennies la partie orientale a été victime des guerres dites de libération, qui ont fait que certaines poches de résistance des groupes armés puissent s’installer dans des sites miniers d’exploitation artisanale. A côté de ça on note le fameux concept « les minerais de sang ou de conflit ». Face à cette situation, nous avons adopté deux approches notamment : comment est-ce-que nos minerais pourront cesser d’être considéré comme source des conflits ; et comment faire en sorte qu’il puisse à la mesure du possible contribuer au développement de nos provinces respectives. De là, il y a près de 13 ans nous avons sorti le guide l’OCDR, qui demande à tous les acteurs intervenant dans la chaine d’approvisionnement de l’exploitation jusqu’à l’exportation de se rassurer que  leur exploitation ne contribue pas à la pérennisation des conflits, aux violences sexuelles, à l’exploitation d’enfants, à la violation massive des droits de l’homme, à l’exploitation illégale des ressources et corruption …Un guide qui nous a aidé à assainir cette situation qui nous a été très difficile. Toutes les parties prenantes du secteur précisément, la société civile, le gouvernement, les opérateurs économiques aussi bien au niveau national qu’international ont reconnu que les efforts considérables ont été déployés en ce sens. Pour cette fin, nous avons pris plusieurs volets dont le premier est celui dit de diligence raisonnable qui veut dire que, chaque exportateur doit contrôler toute sa chaine d’approvisionnement de l’exploitation à l’exportation pour s’assurer que tous ces éléments pré-signalés ne l’ont pas affecté. Le second est celui d’étiquetage, c’est-à-dire que dans une entité comme la mienne, chaque sac devrait être étiqueté pour identifier son origine et s’il a respecté les critères arrêtés par le guide OCDR. Enfin, la certification régionale. Mais nous reconnaissons par ailleurs que si nous avons accompli des avancées significatives dans la filière stannifère,  beaucoup reste à faire dans la filière aurifère où l’informel est le principe avec une fraude massive.

Echo d’Opinions : Le Chef de l’Etat actuel veut bien combattre la fraude pour le développement du pays. Vous entant que technicien dans le ce secteur, croyez-vous que sera-t-il possible ?

John  Kanyoni : J’ai eu l’honneur de travailler avec le Président de la République les trois derniers moi, je crois pouvoir vous dire que j’en suis optimiste.J’avais eu l’opportunité de passer 2 heures avec lui en marge d’un forum d’entreprenariat organisé à Kigali auquel a pris part une brochette importante des opérateurs économiques congolais venant presque de tous les coins du pays. Au total il y avait au moins 60 chefs d’entreprises. Au cours de nos échanges, nous lui avons parlé des facteurs indispensables à l’investissement, dont la sécurité sans laquelle aucune action de développement ne peut être envisageable.  La deuxième chose est l’amélioration du climat des affaires. Nous avons été satisfaits de la participation d’une forte délégation de l’ANAPI qui est une agence nationale  de la promotion des investissements qui a fait un grand travaille en terme de réforme. Le dernier facteur est celui de voir comment renforcer les entrepreneurs locaux pour que le développement puisse être Perrin.  A ce sujet, je vous informe qu’il y a pratiquement quelques mois que, notre parlement a voté une loi sur la sous traitence . Cette loi lève une option qui en cette matière que ça soit dans le secteur minier ou autre, la priorité est accordée aux entreprises aux capitaux congolais. On a senti que le Président de la République était déterminé non seulement à aider pour rétablir la sécurité à l’Est, appuyer la réforme pour améliorer le climat des affaires, et surtout ce qui est très particulier, c’est soutenir l’entreprenariat congolais. Voilà toutes ces choses qui nous convainquent qu’il est dans la bonne voie. Nous avons également eu une autre opportunité de faire un voyage avec lui dernièrement aux Etats-Unis toujours dans la même philosophie. Il voulait que nous soyons le porte-parole de l’entreprenariat congolais à l’étranger et en m’associant dans l’équipe qui lui a accompagné je ne peux que m’en réjouir et être fier de participer à ce grand travail. Nous avons eu l’honneur de lui recevoir ici au Nord-Kivu où lui-même était impressionné des histoires faites par les entrepreneurs locaux souvent dans des conditions difficiles. Pour ce qu’il fait, moi entant qu’entrepreneur ne peut que l’accompagner à chaque instant il fera appel à mon expertise dans le sens de servir la patrie.

Echo d’Opinions  : Qu’est-ce-que vous pouvez amener comme contribution pour défavoriser l’évasion fiscale et que l’argent des différentes transactions se fassent dans les banques à la place des mains des particuliers ?

John  Kanyoni : Je peux vous dire une chose, dans le cas de notre entreprise,  le gros de nos transactions se fait dans les banques commerciales. Mais il arrive aussi que dans les coins les plus reculés où il n’y a pas des banques, quelques transactions se fassent  manuellement, ça c’est le premier volet. Le second est que, notre entreprise publie chaque année ce qu’elle paye comme redevance fiscale, nous ne pouvons pas vous donner les chiffres ici, mais je vous assure que ce sont des montants très honorables. Au-delà de ça, nous avons aussi une initiative dans notre pays pour répondre à votre préoccupation qui est l’ITIE, l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives. Ce qui choque souvent est que dans le pays il y a des belles initiatives et orientations mises sur pieds qui à la longue se trouvent foulées au pied ou laissées à leur triste sort. Personnellement je suis parmi ceux qui militent pour une culture fiscale et que l’Etat recouvre son droit. Autant que je suis pour ça, autant que je suis parmi ceux qui sont contre que les opérateurs économiques soient tracassés à travers la corruption, le trafic d’influence et tant d’autres d’antivaleurs. C’est mon rôle comme Président de m’assurer si les membres de ma corporation travaillent dans des conditions qui leur permettent de bien mener leurs activités. A côté de ça, nous avons un code de bonne conduite que nous devons scrupuleusement respecter qui nous défend de tremper dans les irrégularités et tout membre qui va à côté, nous hésitons pas à lui sanctionner conformément aux prescrits de celui-ci.

Echo d’Opinions : On a tendance à croire que les mines ne profitent qu’aux miniers et non aux populations, qu’en dites-vous ?

John  Kanyoni: Je vais y revenir, quand la mine  tournait convenablement en province 45% des recettes de cette dernière provenaient de notre secteur. Toutes ces activités qui bougent ici, c’est grâce aussi aux mines parce que tout l’argent de nos transactions que nous rapatrions passe par le circuit bancaire. Il ne faut pas croire que la totalité de cet argent revient nécessairement dans les mines à forte raison que quand nous achetons les produits auprès des artisanaux, eux prennent l’argent et en font autre chose. Regarde le boom de l’immobilier à Goma c’est impressionnant n’est-ce-pas ? Au-delà de ça il y a d’autres choses louables sont en train d’être faites. Comme moi, je réhabilite des routes au Maniema, nous construisons des écoles et centres de santé au Sud-Kivu, mais le comble en est que comment voulez-vous que cela soit ressenti dans un pays où la précarité qui atteint un niveau inimaginable ? Si les mines apportent quelques choses non négligeables à la caisse publique, il faudrait que cela soit géré de manière responsable pour contribuer au bienêtre des populations.  Pour des provinces qui ne produisent pas assez que, le système de péréquation fonctionne pour un petit équilibre, sans pour autant oublier l’effectivité de la rétrocession due à la province qui n’a pas marché durant la mandature précédente.

Echo d’Opinions : Il y a toujours des tractations entre la COOPERAMMA et la SMB dans la mine de Rubaya, que faites-vous pour participer à l’éradication de ces tensions ?

D’abord il faut nous mettre dans un contexte particulier d’ici, la mine de Rubaya est actuellement la première au monde en terme de production du coltan. Ça, je le dis sans aucun doute. Cette mine, on doit le reconnaitre appartient à la SMB qui détient la permis d’exploitation. Maintenant comment cette société gère la mine avec les communautés  riveraines ? C’est une autre question qui présentement est suivie au niveau national. Quant à l’actualité, on note selon certaines informations à notre possession que, la SMB était en difficulté de payer les artisanaux qui s’en plaignaient. Je voudrais aussi vous dire que le marché du coltan traverse des moments difficiles, la tendance a sensiblement baissé. S’il y a eu une accumulation de paiement qui n’a pas été faite à temps, automatiquement ça affecte négativement et les creuseurs artisanaux et l’entreprise même. Aujourd’hui nous nous retrouvons dans une situation où vous achetez dans un prix plus attractif mais le temps que vous constituez le stock vous allez un peu plus bas, ça c’est le premier aspect. Pour l’aspect COOPERAMA et SMB, j’ai eu à intervenir et échanger avec les deux parties, l’essentiel est que nous gardions une communication réelle pour éviter des cas de tension dont d’ailleurs on n’a pas besoin. Vous savez, beaucoup des gens dépend de cette mine, il y a tout intérêt que ce problème soit résolu sagement pour trouver de l’équilibre entre le détenteur du titre en tenant compte aussi des communautés riveraines.

Echo d’Opinions : On parle de l’industrialisation de l’exploitation de mines à Rubaya, en êtes-vous au courant ?

John  Kanyoni le gros provient des artisanaux. Nous, nous sommes effectivement pour une mutation progressive vers une industrialisation mais il y a des défis  majeurs notamment, les infrastructures qui ne sont pas dans le meilleur état. Il y a aussi le problème de l’énergie électrique, au moins que ce travail soit fait à Goma qu’au niveau de la mine.

Echo d’Opinions  : Actuellement quel est votre état d’esprit ?

John  Kanyoni: Je dirai d’espoir, parce qu’on a un nouveau leadership, on a eu un passage pacifique du pouvoir entre le Président Kabila et le Président entrant Félix Antoine Tshisekedi. Nous n’avons pas le droit de rater ce coach. Est-ce que nous sommes dans la bonne direction ? Je dirais oui, quand je me réfère à tout ce qui se passe dans le cadre de 100 jours en termes d’assainissement de l’environnement politique, de liberté d’expression, de la libération des prisonniers politiques, du retour progressif au pays des politiciens exilés à l’étranger, je me permets de le dire.Bref, nous sommes en train de vivre l’heure de la réconciliation qui va permettre à ce qu’il y ait développement. Je ne suis pas naïf, mais je suis animé de beaucoup d’espoirs pour des horizons.

Echo d’Opinions  : Que ressentez-vous quand on parle de la congolité, que de la nationalité congolaise?

John  Kanyoni : Je me dis autant on est un grand pays autant beaucoup de nos compatriotes ne comprennent pas ce qu’est notre pays. La nationalité a fait tant des bruits dans notre histoire politique. Ceux jouent encore avec cette histoire de congolité, de nationalité douteuse, ils ne se rendent pas compte de d’où est ce que nous venons, il y a l’ignorance, ce qui est important est qu’on sache que nous avons un patrimoine commun qui est le Congo, même si on est pas obligé de  s’aimer.  Moi, je me connais bien, je sais d’où je viens,  j’ai avec toute humilité l’avantage d’être descendant d’une très grande famille, une famille régnante dans mon territoire de Rutshuru qui est là depuis des siècles. Avec la responsabilité et charges que j’ai, je ne crois pas pouvoir à me mêler dans ce genre des débats qui peut nous faire perdre le temps, la priorité pour moi c’est le cap vers le développement et sur tout ce qui peut sortir notre pays de la léthargie dans laquelle il se trouve.

Echo d’Opinions : Avez-vous  autre chose à ajouter M. le Président ?

John  Kanyoni : Pour terminer, je voudrai dire que, nous avons un pays béni, et nous sommes à un très grand retard par rapport aux autres car les choses évoluent trop vite. Nous n’avons plus à perdre le temps mais plutôt à chercher de faire de notre pays à partir de ses potentielles naturelles exceptionnelles un milieu viable, vivable et fréquentable qui peut être la locomotive de développement de tout un continent. Cela, dans nos sphères respectives aussi bien publiques que privées, pour lui donner ce qu’il nous a déjà offert dans ces cinquantaines d’âge que nous avons particulièrement eu la bénédiction d’atteindre.

Echo d’Opinions : Merci Président

John  Kanyoni : Merci M. le journaliste

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