RUTSHURU, EXCLUSIVITE 2021: Le Mwami de Bwisha Ndeze Katurebe Jean Baptiste parle de son entité coutumière

( propos recueillis par, Papy Okito Teme et Jean Paul Kombo )

Appelés par le travail, c’est aux environs de 6h30’ du matin que nous avons il y a peu, pris  la moto au parking bon voyage de Goma chef-lieu de la province du Nord-Kivu, pour un déplacement de Rutshuru précisément en chefferie  de Bwisha où, nous devrions répondre au rendez-vous nous fixé par le grand chef de cette  entité décentralisée, pour un entretien autour de la situation intégrale de son fief.

A 2 heures de temps, nous avons pu parcourir sans le moindre dérangement les septantaines des kilomètres y relatifs traversant ainsi divers groupements et localités dont ceux du territoire le plus proche de la ville de Goma, le Nyiragongo, pour enfin atteindre en toute douceur et quiétude  Rutshuru centre où est situé le bureau du grand chef coutumier précité.

Tout cela, contrairement à toutes les inquiétudes sécuritaires qu’une opinion fait avaler tant aux Gomatraciens qu’à d’autres compatriotes de partout à travers le pays que, ce tronçon routier n’est pas sécurisant à cause des éléments de différents groupes armés qui continuent à y semer la mort et la désolation.

Aussitôt arrivés, nous avons eu droit à un accueil très sympathique de la part des travailleurs proches du Mwami qui nous ont peu après, conduits vers lui. Ce grand homme jeune, confortablement vêtu, souriant et abordable a,  à son tour malgré ses multiples charges, bien voulu nous accorder un tête à tête de quel, nous vous livrons la quintessence ci-dessous.

Echo d’opinions : Bonjour Mwami

Mwami : Bonjour monsieur le journaliste

Echo d’opinions : Voudriez-vous vous présenter auprès de nos lecteurs ? Et comment vous vous sentez actuellement dans votre entité traditionnelle.

Mwami : Je m’appelle Ndeze Katurebe Jean Baptiste.

De manière générale ça va assez bien, je dirai ça ne va pas encore très bien comme il se doit parce qu’il y a encore quelques zones d’ombre au sein de la chefferie. De manière globale tout va plus ou moins bien.

Echo d’opinions : Rutshuru est l’une des parties de la République Démocratique du Congo reconnues par leur stabilité, qu’est ce qui peut expliquer les tensions communautaires auxquelles on n’y fait allusion ces derniers temps ?

Mwami : Il est vrai qu’il y a eu quelques tensions entre certains groupes des jeunes de différentes communautés, mais pas de l’ensemble des communautés que compte la chefferie. Ça, nous avons pu le constater après les entretiens qu’on a eu avec les représentants de diverses couches de communautés entre autres : La jeunesse, les commerçants, confessions religieuses et tant d’autres car, il y a eu une mobilisation non négligeable axée sur la recherche des faits causaux desdites tensions. On ne l’a pas encore identifié clairement mais, il se pourrait qu’il s’agirait des éléments externes qui en seraient à la base pour peut-être des raisons électoralistes. On pointe du doigt accusateur aux politiques car, vous le savez comme moi qu’aujourd’hui le vote est orienté de façon communautaire. Pas ici seulement, cette réalité s’observe partout à travers la République. Néanmoins à titre exceptionnel, à Goma un non originaire avait été brillamment élu pour y avoir bien travaillé lors qu’il était gouverneur du Nord –Kivu. Je parle du feu Konde Vila Kikanda.  Il n’y a pas des conflits communautaires au sens strict du terme à Bwisha, il y a quelques différends liés à  la gestion des terres entre les populations qui ont créé une sorte des tensions qui  sont en train bel et bien d’être apaisées progressivement.

Echo d’opinions : La chefferie de Bwisha faisait bien la fierté de la République à forte raison que, même le feu maréchal Mobutu venait de temps en temps y passer ses beaux moments.  Pouvez-vous envisager de nouveau lui doter de ses valeurs d’antan ?

Mwami : Merci d’abord pour les compliments. C’est vrai, cela est une réalité que la chefferie de Bwisha a été pendant plusieurs décennies une des entités pilotes du pays et aujourd’hui  on s’efforce de maintenir ce leadership.  D’après ce que j’entends de différentes visites ici, il semblerait qu’on soit toujours en bonne position pour donner un bel exemple à suivre à  travers la République. De ma part si, il s’agit de redorer le blason de la chefferie, je le ferai  avec plaisir et je m’y emploi déjà sérieusement cela étant l’objectif capital pour lequel je suis au trône royal.

Echo d’opinions : La chefferie avait connu une mauvaise note relative à la conduite de ton prédécesseur qui est votre frère. Comment avez-vous été accueilli  par vos administrés ?

Mwami : J’ai été bien accueilli et avec toute considération. La mauvaise note, je dirai simplement que ça arrive. Je pense que dans toutes les royautés il y a eu aussi des moments de faiblesse comme nous l’avons connu avec mon prédécesseur qui  est mon neveu. Il a beaucoup  d’autres qualités qu’il pourra peut-être exploiter dans d’autres domaines.  Mais dans la gestion du pouvoir coutumier il y a eu quelques manquements qui  nous ont mis à contre-courant avec la population. Tout ce que j’essaye de faire, est de m’inscrire dans la logique des traditions adoptées par mes aïeux en les préservant et en assurant leur continuité. Cela avec l’accompagnement de la population car un adage swahili nous nous dit, « Mwami ni batu » pour signifier que, la force du roi repose sur la confiance lui accordée par sa population. Nous essayons malgré la non effectivité sécuritaire d’effectuer des déplacements de différentes entités de la chefferie  pour palper du doigt les difficultés auxquelles cette dernière fait face afin de voir dans quelle mesure en apporter  des solutions durables.

Echo d’opinions : Que direz-vous des gens qui vous accusent de passer le gros de votre temps à Goma qu’à la chefferie craignant à  ce que cette attitude ne puisse affecter  négativement votre action ?

Mwami : Je vous dirai manifestement que vous n’avez pas la bonne information. Je passe plus de temps ici qu’à Goma. Je viens de Goma à la demande du Gouverneur de province pour participer à un forum qui a duré 4 jours axés sur la formation de la gestion des entités décentralisées. Il a été retenu que, le développement devra commencer à partir de la base pour lequel il a été de nécessité incontournable de nous faire participer à  cette session de coaching, pour nous armer des principes de gestion de ces entités aux fins de bien les gérer au profit de nos administrés. Enfin, je n’ai même pas de maison à Goma, je me demande comment pouvoir y passer plus de temps que chez moi où j’ai une résidence respective et où se trouve mon bureau de travail.

Echo d’opinions : De vos relations avec vos collaborateurs entre autre, l’administrateur de territoire avec qui l’accordéon ne semble pas bien s’accorder.

Mwami : Là, encore vous n’avez pas la bonne information. Je n’ai aucun couac avec mes collaborateurs. Les commandants que ce soit de la police que de l’armée, nos relations sont au beau fixe. Quant à l’administrateur de territoire, nous n’avons pas de problème particulier dans la mesure où nous avons des relations purement professionnelles. Il peut arriver que nous ayons divergences des vues sur un dossier quelconque, cela ne signifiera pas que nous soyons en conflit ou nous avons des problèmes. Il est le représentant du pouvoir public en territoire, ni moi, ni toi, n’avons la latitude de contrôler son travail ou ses mouvements à part le gouverneur de province. Techniquement parlant, il est un homme compétant qui fait bien son travail en effectuant des descentes sur  terrain pour se rendre compte des desideratas des populations de sa juridiction qui  est un vaste territoire englobant les chefferies de Bwito et Bwisha.

 Echo d’opinions : Parlez-nous un peu de la pêcherie qui mêmement présentait une source des revenus de votre chefferie. Qu’en est-il ?

Mwami : La question est très pertinente. Je me concentre vraiment sur ce domaine. Celle de Nyakakoma, est  une propriété privée de la famille Ndeze présentant ainsi l’un de mes points focaux sur lesquels me pencher, sauf que sa relance demande beaucoup  des moyens. Ceci, parce que plusieurs de ses éléments clés ont été détruits. Notons dans cet angle, les infrastructures, la chambre froide, les séchages et fumage des poissons ainsi que tant d’autres qui ne sont plus opérationnels. Ça c’est un. De deux, les potentiels halieutiques ont sensiblement baissé du fait de l’insécurité, de la pêche illégale, de la surpêche, c’est-à-dire qu’aujourd’hui  il y a trop des pirogues sur le lac par rapport aux potentiels. Et ça c’est une réalité, l’accroissement de la  population tout autour du lac a fait que les ressources diminuent. A ceux-ci s’ajoute l’abattage des hippopotames qui  ont été décimés durant ces dernières années, alors que leurs excréments  sont bien sûr après d’autres transformations, des aliments très nutritifs des poissons. J’y vais objectivement travailler en songeant à des projets des psy-cultures pour essayer de mieux contrôler la production des poissons dans le lac. Là, nous travaillons sur un business qu’on espère  proposer aux instances habilitées notamment, le Fond de Promotion Industrielle FPI, et aux autres partenaires qui pourront nous appuyer. Nous en avons déjà parlé aux gens de Virungq SARL, qui comme vous le savez ont une panoplie d’activités au niveau de Rutshuru. Nous savons également que dans le cadre des projets liés à la matérialisation de  la vision de développement du Chef de l’Etat, Son Excellence Antoine Félix Tshisekedi à l’Est de la République, figure au premier plan la sécurité qui  donnera un feu  vert aux activités agro pastorales et de la pêche.  Nous osons croire que, le moment venu on sera sélectionné dans le cadre d’appui à ce projet, parce qu’au niveau du Lac Kivu tant des projets sont déjà appuyés aussi bien à Bukavu qu’à Goma. La particularité du lac Edouard est qu’il  se trouve dans un coin où l’insécurité est déclarée de manière épidémiologique, est que donc, si on appuyait la relance des activités de ces pêcheries ça aura sans doute des effets positifs sur la sécurité. Au-delà de la pêcherie  de Nyakoma, il y a aussi celle de Vitshumbi qui est au moins plus vaste et inclusif. Leur relance pourrait sûrement jouer un rôle prépondérant dans la stabilité sécuritaire de la contrée par le fait que certaines personnes qui se retrouvent dans les groupes armés à cause du manque à faire pourront s’en désolidariser pour aller y travailler et trouver de quoi mettre sous la dent.

Echo d’opinions : Parlons sécurité. Pouvez-vous prétendre en noter des avancées significatives ?

Mwami : Vous savez que, nous avons subi une perturbation sécuritaire très touchant en 1994-96 avec l’entrée  massive des réfugiés rwandais au sol congolais particulièrement à Rutshuru.  Pouvez-vous vous imaginer des dégâts enregistrés sur le plan de la gestion des écosystèmes et sécuritaire. Après, il y a eu  d’autres rebellions qui s’en sont suivies désétatisant continuellement la quiétude publique des citoyens congolais de l’Est.

Présentement, je dirai que les gens qui  détiennent encore illégalement les armes à Rutshuru, n’ont aucunement la même mission qu’avaient ceux de l’AFDL et RCD. C’est-à –dire,  évoluer jusqu’aller renverser le pouvoir central à Kinshasa. Ils sont plutôt comparables aux Kuluna de Kinshasa ou des bandits d’autres villes, car le banditisme existe même dans des pays dits très développés. C’est pour cela, il ne sert en rien de donner toujours une mauvaise image à notre territoire, car les gens y vivent et exercent leurs activités malgré quelques poches d’insécurité signalées çà et là, contre lesquelles nous ne cesserons pas d’appeler les autorités nationales à tout mettre en œuvre pour la restauration de l’autorité de l’Etat dans cette partie de la province du Nord-Kivu. Nous, nous sommes à Rutshuru et nous y vivons tant bien que mal. Nous n’avons ni des problèmes de délestage, ni ceux de coupure d’eau et nous mangeons correctement. 

Je souhaiterai bien que le Président de la République, Son Excellence, Félix Antoine Tshilombo arrive à Rutshuru, pour personnellement se rendre compte des  réalités qui s’y prévalent. Là nous feront tout pour lui réserver un accueil digne de son rang. Il remarquera certes que, cette contrée n’a certainement pas l’image qu’on a toujours cherché à la coller pour faire trop peur aux différents visiteurs qui souhaiteraient bien s’y rendre pour des potentiels investissements. La présence du Chef dans une contrée de sa juridiction réconforte et rassure énormément ses gouvernés du coin visité. Ce qui également implémentera son programme de développement dans nos fiefs respectifs.

Echo d’opinions : Un message aux fils et filles du territoire de Rutshuru en général et de la chefferie  de Bwisha en particulier qui se trouvent partout à travers le pays et le monde entier.

Mwami : Effectivement nous sommes un peu partout à travers le monde. Pour revenir à une de tes questions, nous sommes vraiment  l’une des chefferies  pilotes car déjà vers les années 50 et 60, nous avons pu donner des bourses d’études à certains de nos fils et filles qui   ont fait d’eux d’éminents intellectuels et scientifiques. A cet angle, je peux citer, le Professeur Nyabirungu, Docteur Serushago  qui est au Canada, M. Pinda qui est à la NAZA, il y a aussi actuellement les Nvunabandi, Serufuli pour ne citer que ceux-là. Ils sont nombreux qui ont des expertises dans des domaines qu’on ne peut même pas s’imaginer, en France, en Belgique, aux Etats unis et partout ailleurs avec qui quand on échange, je leur dis toujours de retourner au pays pas pour peut-être  y rester,  mais plutôt pour mettre leur savoir au service de celui-ci pour son développement aux fins de l’intérêt général. A titre illustratif, ce n’est pas question de leur demander leur argent, mais surtout de nous amener les idées et l’expertise avec lesquelles mettre des structures sociétales en place et occuper cette ribambelle  des jeunes qui croupit dans le chômage et aller de l’avant.

Echo d’opinions : Merci Mwami pour votre  disponibilité

Mwami : C’est moi qui vous remercie

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